Les États-Unis ont étendu leurs opérations militaires antidrogues à l’océan Pacifique, une première depuis le lancement de cette campagne controversée. Après une frappe mardi 21 octobre, une deuxième attaque a été menée mercredi 22, portant à cinq morts en deux jours et à 37 morts depuis le début des opérations, selon le Pentagone.
Ces frappes, menées contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue, interviennent dans un contexte de tensions diplomatiques croissantes entre Washington et Bogotá. Le président américain Donald Trump a en effet ouvertement attaqué son homologue colombien Gustavo Petro, le qualifiant de « baron de la drogue » et de « pire président que la Colombie ait jamais eu ».
« Il ferait mieux de faire attention », a averti M. Trump, relayé par le secrétaire d’État Marco Rubio, qui a décrit le dirigeant colombien de gauche comme « fou ».
Face à ces accusations, Gustavo Petro a annoncé son intention de porter plainte pour diffamation devant la justice américaine.
Des frappes désormais dans le Pacifique
Selon le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, la dernière opération a visé un second bateau dans l’océan Pacifique, après une première frappe la veille.
Jusqu’ici, les attaques américaines se concentraient dans la mer des Caraïbes, principalement au large du Venezuela.
Washington assure que ces frappes visent des narcotrafiquants en eaux internationales, mais n’a fourni aucune preuve concrète sur l’identité des personnes tuées. L’origine exacte des neuf navires visés, dont un semi-submersible, n’a pas été précisée.
Des « exécutions extrajudiciaires » dénoncées par des experts
La Maison Blanche et le Pentagone affirment que les opérations s’inscrivent dans une guerre ouverte contre les cartels sud-américains, désormais qualifiés de groupes terroristes.
« Tout comme al-Qaïda a mené une guerre contre notre patrie, ces cartels mènent une guerre contre notre frontière et notre peuple. Il n’y aura ni refuge ni pardon, seulement la justice », a déclaré Pete Hegseth, cité par la correspondante de Infos 229 à New York, Loubna Anaki.
Mais pour plusieurs experts du droit international, ces frappes constituent des exécutions extrajudiciaires et illégales, même si elles visent des narcotrafiquants présumés.
Aucune procédure judiciaire, ni enquête indépendante, n’a été engagée pour déterminer la légalité de ces opérations létales menées hors du territoire américain.
Une relation historiqueavec entre Bogota et Washington menacée
La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, collabore depuis des décennies avec les États-Unis pour réduire la production et le trafic, contrôlés par des groupes paramilitaires et des cartels.
Mais cette nouvelle stratégie américaine menace plus de deux siècles de coopération bilatérale.
« Ce qui est en jeu, c’est une relation historique vieille de plus de 200 ans, qui profite autant aux États-Unis qu’à la Colombie », a déclaré Daniel García-Peña, ambassadeur colombien à Washington, rappelé à Bogotá pour consultation.
« Nous faisons face à un gouvernement américain qui cherche à redéfinir le paradigme de ses relations internationales, dans lequel l’incertitude joue un rôle majeur », a-t-il ajouté, qualifiant les propos de Donald Trump « d’inacceptables ».
Caracas réagit, les tensions régionales s’accentuent
Le Venezuela a également réagi, accusant Washington d’utiliser la lutte antidrogue comme prétexte pour déstabiliser le gouvernement de Nicolás Maduro.
Le président vénézuélien a assuré que son pays disposait de 5 000 missiles antiaériens portables pour se défendre face à d’éventuelles incursions américaines.
Selon Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine et des Caraïbes à la Fondation Jean-Jaurès, ces frappes s’inscrivent autant dans une stratégie militaire que politique.
« Ces opérations posent de sérieuses questions juridiques, mais elles doivent aussi être comprises dans le contexte de la politique intérieure américaine, à un an des élections de mi-mandat », explique-t-il.
