Le 28 juillet 2025, lors d’un échange avec la jeunesse béninoise au Palais de la Marina, le président Patrice Talon est revenu, pour la première fois de manière aussi personnelle, sur sa rupture avec Candide Azannaï, figure politique majeure et opposant depuis 2017. Un moment chargé d’émotion, marqué par des mots inhabituels dans le discours politique béninois.
Intervenant devant plus de deux cents jeunes rassemblés pour discuter des enjeux du développement et des attentes de la jeunesse, Patrice Talon a surpris l’auditoire en abordant spontanément sa relation passée avec son ancien allié politique. « Est-ce que vous savez pourquoi le président Azannaï et moi, nous sommes fâchés ? », a-t-il lancé, avant de poursuivre : « Azannaï, c’est un frère. Jusqu’à l’heure où je parle, c’est un frère. Je souffre de nos différends. Je peine parce que je ne le vois plus. »

L’intervention du chef de l’État s’est apparentée à une main tendue, ponctuée d’un vœu : celui de renouer, une fois son mandat achevé. « J’espère bien que quand je vais quitter la charge, dès le lendemain, on va se voir lui et moi, et on va s’embrasser à nouveau », a-t-il confié, dans un aveu rare de vulnérabilité.
Cette déclaration contraste fortement avec la posture inflexible de Candide Azannaï, ancien ministre délégué à la Défense sous le gouvernement Talon. Depuis sa démission en mars 2017, Azannaï est devenu l’un des plus virulents opposants au régime. En mars 2025, il affirmait publiquement ne plus reconnaître la notion d’amitié en politique : « Le mot ami a un sens pour moi. Je n’en ai pas, et je conseille de ne pas en avoir. Le seul ami qu’on peut avoir, c’est soi-même. »
Le président du parti Restaurer l’Espoir multiplie depuis les critiques à l’encontre du pouvoir, allant jusqu’à remettre en cause la crédibilité de la procédure judiciaire dans l’affaire dite de tentative de coup d’État, impliquant des proches du chef de l’État, dont l’homme d’affaires Olivier Boko et l’ex-ministre Oswald Homéky, tous deux condamnés à 20 ans de prison.
Cette liberté de ton soulève néanmoins des interrogations dans l’opinion. Certains s’étonnent de voir Azannaï toujours libre malgré ses attaques frontales. « Je connais des gens qui n’ont pas dit autant que lui, mais qui sont en prison », a commenté l’humoriste Timinni lors d’un live sur les réseaux sociaux en juin 2025. Une remarque restée sans réelle réponse, sinon un bref mot du porte-parole du gouvernement : « Je vous remercie pour l’information. »

Dans ce climat de tensions politiques persistantes, la sortie publique du président Talon sur son ancien compagnon de route ouvre une brèche : celle d’un apaisement possible. Mais au-delà de l’émotion exprimée, rien n’indique à ce jour un rapprochement concret entre les deux hommes, dont les trajectoires semblent désormais irréversiblement opposées.
