Guinée : fin de campagne référendaire sous tension politique

À Conakry, capitale de la Guinée, la campagne pour le référendum constitutionnel s’est achevée jeudi dans un climat politique tendu et très marqué par le soutien au chef du coup d’État, le colonel Mamadi Doumbouya. Depuis plusieurs jours, la ville a été le théâtre d’une intense activité de mobilisation, avec des lectures du Coran, des concerts de reggae et de nombreuses prières organisées en faveur du militaire qui dirige le pays depuis trois ans.

Les bâtiments publics et privés ont été couverts de panneaux affichant la campagne référendaire, dominée par des slogans et images favorables au Oui. Les rues étaient bloquées par des camions transportant des partisans vêtu s de T-shirts et de boubous – vêtements traditionnels ouest-africains – à l’effigie de Doumbouya. Notablement absente, l’opposition n’a pu exprimer son point de vue, aucun signe d’une campagne contre le projet constitutionnel n’étant visible.

Le référendum, prévu ce dimanche, devrait permettre aux quelque 6,7 millions d’électeurs guinéens de se prononcer sur une nouvelle constitution. Celle-ci définit une étape majeure dans la transition vers un régime civil après trois ans de régime militaire. Le texte vise notamment à autoriser les membres de la junte – dont Mamadi Doumbouya – à se porter candidat à la présidentielle annoncée pour décembre. Pour être adopté, le référendum doit atteindre un taux de participation d’au moins 50%.

La Guinée rejoint ainsi une série de pays d’Afrique de l’Ouest – comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso – où des militaires ont pris le pouvoir, tout en repoussant le retour à la gouvernance civile. Doumbouya est arrivé au pouvoir en 2021, en renversant Alpha Condé, qu’il accusait de ne pas avoir tenu ses promesses et d’avoir plongé le pays dans le chaos.

Malgré ses importantes ressources naturelles, la Guinée connaît une situation sociale et économique très difficile, avec plus de la moitié de ses 15 millions d’habitants confrontés à une précarité et une insécurité alimentaire alarmantes.

Le nouveau projet de constitution étend le mandat présidentiel de cinq à sept ans, renouvelable deux fois, et institue un Sénat dont un tiers des membres serait nommé directement par le président. Bien que Doumbouya n’ait pas annoncé officiellement sa candidature, il reste la figure centrale de cette campagne référendaire omniprésente.

Lors d’une récente manifestation dans un quartier de Conakry, des habitants vêtus de leurs plus beaux habits et arborant des T-shirts à l’effigie du chef militaire ont dansé sur des chansons exaltant Doumbouya comme « le nouveau soleil de la Guinée ». Kadiatou Diaby, une marchande locale, a expliqué que c’est la confiance en Doumbouya qui la pousse à voter Oui et à convaincre son entourage d’en faire de même. Mohamed Lamine Camara, leader communautaire, affirme ne pas avoir lu en détail le texte, mais soutient la campagne et encourage la population à voter en faveur.

L’opposition, quant à elle, est exclue du débat. Fanta Conte, membre du Conseil national de transition, souligne que le référendum vise le projet constitutionnel et non l’élection présidentielle qui suivra. Toutefois, de nombreux critiques dénoncent cet exercice comme un coup de force destiné à légitimer le pouvoir en place.

Depuis son arrivée au pouvoir, la junte a renforcé son contrôle sur les médias indépendants et éliminé les voix dissidentes, selon plusieurs organisations de défense des droits humains. Les réseaux sociaux et radios privées ont souvent été coupés, tandis que les journalistes sont victimes d’attaques et d’arrestations. Plus récemment, plus de cinquante partis politiques ont été dissous, et les principaux partis d’opposition suspendus, empêchant toute agitation contre le référendum.

Le nouveau corps électoral chargé d’organiser le référendum, la Direction générale des élections, est dominé par des proches de Doumbouya, ce qui soulève des interrogations sur l’impartialité du scrutin.

Les leaders de l’opposition, exilés pour certains, appellent au boycott. Cellou Dalein Diallo, figure de l’opposition, qualifie ce référendum de « mascarade » dont le but est de « légitimer un coup d’État ».

Ce scrutin s’inscrit donc dans un contexte de forte polarisation, dans un pays où la majorité de la population souffre de faibles taux d’alphabétisation et ne reçoit souvent que les informations diffusées par le régime militaire, limitant ainsi la diversité des opinions accessibles aux électeurs.

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