Neuf mois après la fermeture brutale de l’USAID, l’agence américaine pour le développement international, le monde humanitaire peine encore à encaisser le choc. Décidée par Donald Trump dès janvier 2025 et justifiée par son proche conseiller Elon Musk qui l’a qualifiée « d’organisation criminelle », cette dissolution a entraîné une vague d’annulations de projets, des licenciements massifs et des millions de vies fragilisées.
Un séisme pour l’aide humanitaire mondiale
Avec la fin de l’USAID, plus de 80 % des financements américains ont été supprimés, amputant un pilier qui représentait 40 % de l’aide internationale en 2024. Des programmes essentiels – vaccination, lutte contre le VIH, aide alimentaire, réhabilitation d’infrastructures – ont été suspendus en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine. « Les conséquences sont dévastatrices », alerte Amnesty International, rappelant que des millions de personnes sont directement exposées.
Batailles judiciaires et coupes budgétaires
Si un juge fédéral a bloqué une coupe de 12 milliards de dollars en septembre, le reste des financements demeure incertain. Les ONG, déjà fragilisées par la baisse des contributions européennes, sont contraintes de geler ou d’abandonner des dizaines de projets. Handicap International évoque plus de 25 programmes stoppés en 2025, touchant plus de 300.000 bénéficiaires et entraînant la suppression de 1.000 emplois.
Des ONG sous pression
Au-delà des chiffres, c’est tout un climat qui a changé. Plusieurs associations affirment être surveillées, voire contraintes de justifier leurs projets au regard de la doctrine « America First ». Les termes liés aux réfugiés, aux droits LGBT+ ou au climat sont devenus sensibles. « Il règne un climat de peur », témoigne Amnesty, expliquant que certaines ONG s’autocensurent pour éviter de perdre ce qu’il reste de financements.
Un modèle en crise
Cette crise révèle la dépendance du système humanitaire à quelques grands donateurs. « Le multilatéralisme dysfonctionne et l’ONU n’a plus la main », analyse Jacques Serba, chercheur à l’IRIS. Certaines ONG puisent dans leurs réserves ou cherchent de nouveaux financements privés, mais beaucoup redoutent un effet domino, si d’autres pays suivaient l’exemple américain.
