Les escrocs usurpent désormais des numéros officiels banques, administrations, forces de l’ordre en quelques clics. Europol tire la sonnette d’alarme : le « spoofing » coûte chaque année près de 850 millions d’euros à l’Europe et appelle une réponse coordonnée à l’échelle du continent.
La fraude téléphonique prend une nouvelle dimension : des appels qui s’affichent comme légitimes — provenant de banques, d’administrations ou même de la police — sont en réalité dirigés par des criminels. Dans un rapport publié lundi 27 octobre, Europol alerte sur l’explosion du spoofing : cette technique d’usurpation d’identité, simple et industrialisée, serait à l’origine de 64 % des fraudes démarrant par téléphone ou SMS.
Le phénomène ne relève plus de l’amateurisme. Des services « clé en main », baptisés « spoofing-as-a-service », mettent à la disposition de novices des outils permettant de falsifier l’affichage d’un numéro en quelques clics. Le résultat : des victimes convaincues de la légitimité de l’appel communiquent sans méfiance leurs codes bancaires ou valident des virements frauduleux. Europol chiffre le préjudice à 850 millions d’euros par an pour l’Europe.
Autre dérive particulièrement dangereuse — et médiatisée — : le swatting. En usurpant le numéro d’une personne, des fraudeurs peuvent déclencher une fausse alerte d’urgence à son domicile, provoquant l’intervention des forces de l’ordre et mettant en danger la victime et les services engagés.
Les enquêtes peinent à suivre : la traçabilité est compliquée lorsque l’origine des appels est dissimulée derrière des serveurs et juridictions étrangères. Europol pointe aussi le manque d’outils de détection, la relative frilosité de la coopération entre opérateurs et autorités nationales, et l’hétérogénéité des cadres législatifs en Europe.
Pour inverser la tendance, l’agence européenne propose un plan en trois volets : imposer des normes techniques communes pour certifier et tracer l’origine des numéros, renforcer la coopération opérationnelle entre policiers, régulateurs et opérateurs télécoms pour un partage d’informations efficace, et harmoniser les règles nationales afin de faciliter les poursuites transfrontalières. Europol recommande par ailleurs le déploiement d’outils anti-fraude éprouvés et des campagnes de sensibilisation pour les citoyens.
L’agence reconnaît toutefois que la lutte sera longue : les escrocs disposent déjà d’alternatives — cartes SIM piratées, forfaits anonymes, smishing — et adapteront leurs méthodes. Reste l’urgence d’un arsenal européen coordonné pour que le téléphone cesse d’être, pour des millions d’Européens, une porte ouverte sur l’arnaque.
