Alassane Ouattara rempile pour un quatrième mandat à la tête de la Côte d’Ivoire. Selon les résultats provisoires publiés par la Commission électorale indépendante, le chef de l’État sortant l’a largement emporté avec 89,77 % des suffrages dès le premier tour. Cette réélection est rendue possible par la Constitution de 2016, qui avait remis à zéro le compteur des mandats présidentiels.
Fort de quinze années de gouvernance et d’un bilan économique présenté comme solide, le président sortant n’a rencontré qu’une opposition fragmentée. Le taux de participation, estimé à 50,10 %, reflète cependant une mobilisation moyenne, entre soutien massif dans certaines régions et résignation d’une partie de l’électorat.
Un scrutin globalement calme, mais sous tension
La mission d’observation conjointe UA-Cedeao a salué un processus électoral « apaisé ». Le Conseil national des droits de l’homme a également confirmé le bon déroulement technique du vote.
Mais des violences ponctuelles ont fait au moins deux morts le jour du scrutin, et quatre autres lors de la campagne, illustrant la persistance de tensions politiques dans le pays.
Opposition marginalisée et contestation du résultat
Pour plusieurs analystes, cette élection manquait d’ouverture démocratique.
« La Côte d’Ivoire manque une occasion cruciale de renouvellement politique », estime l’essayiste Ousmane Ndiaye. L’invalidation des candidatures de figures majeures comme Laurent Gbagbo ou Tidjane Thiam alimente la contestation. Le PDCI-RDA et le PPA-CI réunis dans le Front commun dénoncent un « coup d’État civil ».
Parallèlement, l’opposition peine à dépasser ses divisions internes. La coalition CAP-CI, qui avait suscité des espoirs d’alternance, n’a pas survécu aux rivalités personnelles.
Résultat : des candidatures disséminées, un boycott passif de nombreux militants et des scores très faibles pour les adversaires déclarés. Jean-Louis Billon arrive deuxième avec seulement 3,09 % des voix.
Un pays toujours fracturé
Les résultats présentent d’importants contrastes régionaux.
Dans le Nord, fief du président, la participation dépasse les 90 %. À l’inverse, des zones urbaines comme Cocody affichent des taux autour de 19 %. La division entre bastions politiques demeure forte.
Perspectives : la question de la succession en ligne de mire
À 83 ans, Alassane Ouattara entame un mandat où la question de la transition et de sa succession deviendra centrale.
Certains observateurs craignent un scénario comparable à la fin du règne d’Houphouët-Boigny, marqué par une crise de leadership et des violences politiques.
Le RHDP se prépare désormais pour les législatives de décembre, tandis que le pouvoir assure qu’une relève politique émergera « dans les deux à trois prochaines années ».
?
