En voulant défendre les patients américains, le président des États-Unis provoque une onde de choc sur le marché mondial du médicament, menaçant directement l’équilibre du système européen de santé.
La nouvelle décision de Donald Trump fait déjà trembler l’industrie pharmaceutique mondiale.
Le président américain a annoncé une taxe de 100 % sur tout médicament breveté importé, à compter du 1ᵉʳ octobre, visant à forcer les laboratoires à revoir leur politique tarifaire.
Une mesure censée corriger les écarts de prix entre les États-Unis et le reste du monde, mais qui pourrait au contraire renchérir le coût des traitements en Europe.
Des médicaments quatre fois plus chers aux États-Unis
Selon la Rand Corporation, un institut américain de recherche, les médicaments sont en moyenne quatre fois plus chers aux États-Unis que dans les autres pays développés.
Cette différence s’explique par l’absence de régulation nationale : les laboratoires y fixent librement leurs tarifs, tandis que les compagnies d’assurance privées négocient les remboursements — sans réel pouvoir de contrainte.
À l’inverse, en Europe, les prix sont strictement encadrés par les autorités publiques, ce qui permet de maintenir des coûts plus bas.
Mais Donald Trump veut inverser la logique : aligner les prix américains sur les tarifs les plus bas pratiqués à l’étranger, une réforme présentée comme un geste fort pour les patients américains.
En réalité, cette décision risque d’avoir un effet boomerang sur le reste du monde.
L’effet domino : l’Europe risque de devenir un marché secondaire
Les États-Unis représentent le plus grand marché pharmaceutique de la planète.
Si les prix y chutent, les laboratoires verront leurs marges s’effondrer sur leur principale source de revenus.
Pour compenser, ils pourraient augmenter les tarifs en Europe ou retarder la commercialisation de nouveaux traitements.
Des entreprises comme Pfizer ou AstraZeneca ont déjà laissé entendre qu’elles reverraient leurs stratégies de vente sur le Vieux Continent.
Certaines envisagent même de se retirer de certains pays européens, jugés trop peu rentables à cause de la régulation stricte.
En clair, l’Europe pourrait perdre son attractivité dans un secteur pourtant vital pour sa souveraineté et son innovation.
Une dépendance pharmaceutique de plus en plus inquiétante
À Bruxelles, la Commission européenne suit le dossier avec inquiétude.
Cette tension commerciale tombe à un moment critique, alors que l’Union révise sa législation pharmaceutique — la première grande réforme depuis 2004 — pour renforcer la compétitivité du secteur et réduire sa dépendance aux importations.
Depuis la pandémie de Covid-19, les Vingt-Sept ont pris conscience de leur vulnérabilité :
près de 80 % des principes actifs proviennent d’Asie, et une grande partie de la recherche pharmaceutique reste concentrée aux États-Unis.
Or, la stratégie protectionniste de Donald Trump, centrée sur la relocalisation industrielle et la défense des intérêts américains, risque d’aggraver encore la dépendance européenne.
Vers une nouvelle guerre du médicament ?
Cette mesure fiscale soulève une question de fond :
qui paiera le prix de cette guerre commerciale appliquée à la santé ?
L’Europe, contrainte d’accepter des coûts plus élevés pour garantir l’accès à l’innovation ?
Ou les laboratoires eux-mêmes, s’ils finissent par sacrifier la coopération internationale sur l’autel du profit immédiat ?
Une chose est certaine : dans cette nouvelle bataille économique, les patients européens pourraient bien être les premières victimes.
