Construction d’une centrale nucléaire au Niger : les incertitudes autour du projet

Le 28 juillet 2025, le Niger a signé avec la Russie un accord pour l’installation d’une centrale nucléaire destinée à exploiter son uranium. Sur le papier, l’ambition paraît prometteuse, mais les conditions nécessaires à sa réalisation semblent hors de portée. Comme dix-sept autres pays africains, Niamey a conclu un mémorandum de coopération avec Moscou pour développer le nucléaire civil. Le ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsivilev, présent lors de la signature avec Rosatom et le ministère nigérien de l’Énergie, a assuré que la démarche visait à bâtir un « système complet » de développement nucléaire au Niger, et non seulement à exploiter ses ressources.

Cependant, plusieurs obstacles majeurs freinent ce projet. Le premier concerne les infrastructures électriques. Le réseau actuel du Niger, à l’image de la plupart des pays sahéliens, est incapable d’intégrer une production nucléaire, qu’il s’agisse de centrales conventionnelles ou de petits réacteurs modulaires. Les capacités de transmission et de distribution sont insuffisantes pour supporter une telle charge et garantir un équilibre du réseau.

Le second obstacle est financier. Le coût d’une centrale nucléaire se chiffre en dizaines de milliards de dollars. L’exemple de la centrale d’El-Dabaa en Égypte, financée à 85 % par un prêt russe, illustre l’ampleur des moyens nécessaires : près de 29 milliards de dollars, alors que le budget annuel du Niger ne dépasse pas 3 milliards en 2025. Dans un pays où l’État peine déjà à honorer ses charges salariales, un tel investissement paraît irréaliste et renforcerait une dépendance financière durable vis-à-vis de la Russie.

Le troisième frein est humain et technique. Le Niger ne dispose pas des compétences indispensables pour concevoir, exploiter et réguler une filière nucléaire. La formation d’ingénieurs, de spécialistes en sûreté ou d’opérateurs qualifiés nécessite des décennies. Quelques programmes à l’étranger sont évoqués, mais ils ne suffiraient pas à combler un déficit structurel de main-d’œuvre.

Cette situation s’inscrit dans un contexte africain où la Russie a multiplié les accords de coopération nucléaire, dix-huit au total, mais dont seul le projet égyptien a abouti. Pour nombre d’analystes, ces partenariats permettent avant tout à Moscou d’assurer ses approvisionnements en uranium via Rosatom, plus que de concrétiser de réels programmes énergétiques civils.

Si la réalisation d’une centrale nucléaire au Niger demeure hautement incertaine, le projet offre néanmoins à la junte au pouvoir un discours mobilisateur. Il permet de nourrir l’espoir d’un avenir énergétique ambitieux, même lointain, alors que les solutions plus immédiates et adaptées pourraient résider dans le solaire ou l’éolien, disponibles rapidement et bien moins coûteux.

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