Alors que le Mali traverse une grave pénurie de carburant depuis plus d’un mois et demi, les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affiliés à al-Qaïda, viennent de franchir une nouvelle étape dans leur mainmise sur le pays.
Le vendredi 17 octobre, ils ont annoncé une série de règles destinées aux voyageurs, dont l’obligation pour les femmes de porter le voile dans les transports. Une décision qui provoque peur, indignation et résignation parmi les populations.
« Dieu est plus grand que les jihadistes” : des femmes bravent la peur
Certaines Maliennes affirment refuser de se plier à ces nouvelles exigences.
« Non, les jihadistes ne peuvent pas me faire changer ! », déclare avec force une Bamakoise contactée par RFI.
Cette commerçante, croyante mais non voilée, voyage régulièrement pour son travail.
« Si l’armée nous avait réellement protégés, est-ce que nous serions dans cette situation ? Mais je n’ai pas peur : Dieu est plus grand que les jihadistes. Je ne porterai pas le voile. »
“Nous n’avons pas le choix” : entre peur et survie
Pour d’autres, la résistance semble impossible.
Un chef de famille confie son désarroi :
« S’ils nous disent qu’il faut faire cela, nous sommes dans l’obligation de le faire. Le gouvernement n’a pas les moyens de nous protéger. Si je refuse, je mets la vie de ma femme en danger. »
Cette résignation illustre le climat d’insécurité qui règne dans plusieurs régions du pays.
Des villages entiers sous domination jihadiste
Dans le centre du Mali, des centaines de villages vivent déjà sous le joug du Jnim.
Faute de protection militaire, les habitants ont accepté des accords locaux avec les jihadistes pour continuer à cultiver leurs champs ou faire paître leurs troupeaux.
En échange, ils doivent se soumettre à leurs règles strictes :
Port du voile pour les femmes ;
Pantalons courts pour les hommes ;
Fermeture des écoles publiques ;
Application stricte de pratiques religieuses imposées.
Nouvelles règles sur les routes maliennes
Les jihadistes exigent désormais que :
Les compagnies de transport fassent appliquer le port du voile ;
Elles cessent toute collaboration avec les forces de sécurité ;
En cas d’accident, le responsable indemnise la victime — même s’il s’agit d’un animal.
Ni l’armée, ni les autorités de la Transition malienne n’ont pour l’instant réagi à ces nouvelles mesures.
Les routiers en grève : la colère monte
En réaction à la tension croissante, le Syndicat national des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali (Synacor) a annoncé, dimanche 19 octobre, une grève illimitée.
Cette décision fait suite aux propos d’Aboubacar Sidicki Fomba, membre du Conseil national de la Transition (CNT), qui a accusé les transporteurs de collusion avec les jihadistes.
Des accusations jugées « intolérables » par les routiers, dont plusieurs collègues ont été tués lors d’attaques récentes.
Résultat : alors que la pénurie d’essence s’aggrave, les stations-service de Bamako connaissent des files d’attente interminables.
Le manque de carburant touche désormais aussi le gasoil, paralysant une grande partie du pays.
Face à la polémique, Aboubacar Sidicki Fomba a publié dans la soirée une vidéo d’excuses adressée aux transporteurs.
Un climat explosif
Entre exigences jihadistes, silence des autorités et tensions sociales, le Mali s’enfonce un peu plus dans la crise.
Le port du voile imposé par la peur devient le symbole d’un pays où la liberté des femmes et la sécurité des civils se jouent désormais sur les routes.
