À Antananarivo, les manifestations contre les coupures d’électricité et d’eau ont viré au drame jeudi, faisant au moins sept morts et provoquant des scènes de pillages et de violences dans le centre et la périphérie de la capitale malgache. Face à la colère populaire, le président Andry Rajoelina a limogé son ministre de l’Énergie vendredi, dans un geste destiné à apaiser la tension avant une nouvelle mobilisation prévue samedi par le mouvement Gen Z.
Des voitures incendiées, un téléphérique vandalisé et des dizaines de commerces saccagés ont marqué la nuit du jeudi au vendredi. Dans un centre commercial dévasté, Sitraka, employée d’un restaurant, décrit l’ampleur des dégâts : « Quand nous sommes arrivés ce matin, des voleurs étaient encore là, armés de couteaux, menaçant et insultant. Ils disaient qu’ils étaient pauvres et obligés de voler. Nous ne pouvions rien faire, nous ne pouvions que pleurer. »
Malgré l’interdiction préfectorale de manifester, des dizaines de milliers d’étudiants et de jeunes travailleurs se sont rassemblés pacifiquement dans plusieurs rues du centre-ville. La police a répondu par des tirs de balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants. Lala Herizo, étudiante, dénonce : « Nous avons environ 12 heures de coupure d’électricité par jour. Cela fait un mois que nous ne pouvons pas étudier correctement. »
Vendredi, plusieurs manifestants ont participé au nettoyage des commerces saccagés, tandis que la situation restait tendue dans la périphérie sud d’Antananarivo. Tolotra, manifestant du mouvement Gen Z, souligne le rôle de la population face aux pillages : « La ville est saccagée et c’est notre devoir de nettoyer. Je soutiens les manifestations pacifiques, mais malheureusement, il y aura toujours des pilleurs. »
Le mouvement Gen Z a appelé à une nouvelle manifestation samedi, depuis l’université d’Antananarivo jusqu’au quartier d’Ambohijatovo, où les forces de sécurité avaient bloqué les rassemblements jeudi. Le président Rajoelina a condamné à la télévision publique les actes de pillage et les tentatives de déstabilisation : « Nous avons vu des politiciens inciter à la violence et utiliser les médias sociaux pour provoquer des troubles. »
Ces événements soulignent la fragilité sociale et énergétique à Madagascar et mettent en lumière la colère d’une jeunesse confrontée à des coupures répétitives d’électricité et d’eau, tout en interrogeant l’efficacité de la réponse gouvernementale face à la crise.
