L’Union européenne a décidé d’interdire l’oxyde de triméthylbenzoyl diphénylphosphine (TPO), un composant central des vernis à ongles en gel. Ce photo-initiateur, qui permet au produit de durcir sous lampe UV et d’assurer brillance et longue tenue, est suspecté de nuire à la fertilité selon des études menées sur des animaux. Dans l’attente de résultats plus précis sur ses effets chez l’être humain, les régulateurs européens ont appliqué le principe de précaution.
Cette interdiction, qui s’applique aux 27 États membres ainsi qu’à la Norvège et à la Suisse, oblige les salons de manucure à retirer de leurs rayons les produits contenant du TPO et à détruire leurs stocks. De leur côté, les fabricants devront reformuler leurs gammes pour rester conformes aux nouvelles règles.
La mesure souligne un contraste croissant entre l’Europe et les États-Unis en matière de régulation des cosmétiques. Outre-Atlantique, le TPO reste autorisé, au même titre que d’autres substances bannies en Europe comme les conservateurs BHA et BHT. Cette différence pourrait perturber les échanges commerciaux et forcer certaines marques américaines à adapter leurs produits, voire à faire face à des ruptures d’approvisionnement. Certains analystes estiment que cette décision pourrait pousser les autorités américaines à revoir leur position, même si Washington n’a pas encore donné de signe en ce sens.
Sur le continent européen, la décision ne fait pas l’unanimité. En Belgique notamment, certains distributeurs jugent la mesure excessive au regard du manque de preuves directes de dangerosité pour l’humain. Ailleurs, comme au Canada, les autorités sanitaires n’ont pas établi de lien clair entre le TPO et des problèmes de santé. Les critiques dénoncent un coup dur pour les petits salons de beauté, qui doivent gérer la destruction de stocks et supporter les coûts liés à la transition.
Au-delà des résistances économiques, cette interdiction pourrait accélérer la transformation du marché mondial des cosmétiques. Entre exigences sanitaires et enjeux financiers, l’équilibre reste fragile, mais l’Europe entend s’affirmer comme pionnière en matière de précaution et de protection des consommateurs.
