Le chantier du barrage de Motuo, au Tibet, promet une production d’énergie colossale mais suscite inquiétudes et tensions régionales.
La Chine a officiellement lancé la construction du barrage de Motuo, un projet d’infrastructure d’une ampleur inédite sur le fleuve Yarlung Tsangpo, à proximité du Tibet. D’un coût estimé à 1.200 milliards de yuans (167 milliards de dollars), ce complexe hydroélectrique surpassera le barrage des Trois Gorges et pourrait produire trois fois plus d’énergie.
Un chantier colossal au cœur de l’Himalaya
Selon Pékin, le projet mettra « la protection écologique au premier plan » et devrait stimuler la prospérité locale. Le plan prévoit la mise en service de cinq centrales hydroélectriques en cascade, alimentées par des travaux de rectification du cours d’eau et le creusement de tunnels sous le mont Namcha Barwa. L’électricité produite sera majoritairement destinée aux grandes métropoles de l’est, conformément à la stratégie de « transfert d’électricité de l’ouest vers l’est » impulsée par le président Xi Jinping.
L’emplacement du barrage, connu sous le nom de « Grand S » pour son impressionnant virage autour du mont Namcha Barwa, offre un dénivelé exceptionnel, idéal pour la production hydroélectrique. Pékin convoitait ce site depuis des décennies, situé dans un canyon considéré comme le plus profond et le plus long du monde.
L’inquiétude grandit en Inde et au Bangladesh
La réalisation de ce projet soulève toutefois de vives inquiétudes dans les pays en aval. En franchissant la frontière indienne, le Yarlung Tsangpo devient le Siang, puis le Brahmapoutre en Assam, avant de rejoindre le Bangladesh sous le nom de Jamuna, affluent majeur du Gange.
L’Inde redoute que la Chine puisse contrôler ou détourner le débit du fleuve. Un rapport du Lowy Institute, publié en 2020, rappelait que « contrôler ces rivières [du plateau tibétain] donne à la Chine un levier stratégique sur l’économie indienne ». New Delhi évoque même un risque « existentiel » pour certaines tribus, craignant qu’une libération soudaine d’eau n’anéantisse le territoire du peuple Adi.
En réponse, l’Inde envisage la construction d’un barrage sur le Siang afin de limiter les conséquences d’éventuels lâchers massifs d’eau. De son côté, le Bangladesh a officiellement demandé des garanties à Pékin, inquiet des répercussions sur ses ressources en eau.
Enjeux écologiques et contestations
Au-delà des tensions géopolitiques, le projet fait l’objet de critiques sur le plan environnemental. Les ONG pointent les risques d’inondation de vallées riches en biodiversité, les conséquences sur la faune et la flore, ainsi que la vulnérabilité du site aux risques sismiques.
Les militants tibétains dénoncent une exploitation accrue des ressources locales et rappellent que les protestations contre un autre barrage, l’an dernier, avaient été violemment réprimées.
