Le dirigeant de l’entreprise d’IA Anthropic tire la sonnette d’alarme sur l’avenir du marché du travail. Dans une récente déclaration, Dario Amodei prédit une transformation majeure du paysage professionnel dans les cinq années à venir.
Une menace imminente pour les postes d’entrée
Lors d’un entretien accordé à BBC Radical le 5 septembre dernier, le PDG d’Anthropic a maintenu sa position alarmiste : l’intelligence artificielle pourrait éliminer la moitié des emplois de bureau destinés aux débutants d’ici 2030. Cette prédiction cible particulièrement les secteurs juridique, du conseil, de l’administration et de la finance.
« Les tâches répétitives mais variables sont dans le viseur », explique Amodei, citant en exemple le travail des jeunes avocats qui passent de nombreuses heures à réviser des documents. Ces activités, bien qu’exigeant une certaine adaptabilité, restent suffisamment standardisées pour être automatisées efficacement par l’IA.
Les vraies intentions des dirigeants révélées
La dimension la plus préoccupante de cette analyse réside dans les motivations des chefs d’entreprise. Contrairement au discours public qui présente l’IA comme un outil d’augmentation des capacités humaines, Amodei révèle une réalité plus brutale : « Une grande partie des dirigeants souhaite utiliser l’IA pour réduire leurs coûts en diminuant leurs effectifs. »
Cette confession, basée sur des discussions privées avec des PDG, met en lumière un décalage entre la communication officielle et les stratégies réelles d’adoption de l’intelligence artificielle en entreprise.
Des données qui confirment les craintes
Plusieurs études récentes viennent étayer ces prédictions inquiétantes :
- La Réserve fédérale de Saint-Louis a identifié en août 2025 une corrélation entre l’adoption de l’IA et la hausse du chômage dans certains secteurs
- Le domaine informatique et mathématique, avec 80% d’adoption de l’IA générative, a vu son taux de chômage augmenter de 1,2%
- Une recherche de Harvard révèle une diminution de 7,7% des effectifs débutants dans les entreprises utilisant l’IA, sur une période de six trimestres depuis 2023
- Selon Resume Now, 89% des travailleurs s’inquiètent de l’impact de l’IA sur leur sécurité d’emploi
Un débat qui divise la Silicon Valley
Les déclarations d’Amodei ont provoqué des réactions contrastées parmi les leaders technologiques. Jensen Huang de Nvidia s’oppose fermement à cette vision catastrophiste, arguant que l’IA transformera les emplois sans les détruire. « On ne perd pas son travail à cause de l’IA, mais à cause de quelqu’un qui sait s’en servir », rétorque le patron de Nvidia.
Sam Altman d’OpenAI partage cette approche optimiste, estimant que la société ne tolérera pas la disparition massive d’emplois et que de nouvelles opportunités, meilleures, émergeront.
Cependant, d’autres dirigeants rejoignent les inquiétudes d’Amodei. Jim Farley de Ford prédit que l’IA remplacera « littéralement la moitié » des employés de bureau américains. Marc Benioff de Salesforce a déjà concrétisé cette tendance en supprimant 4000 postes au service client, réduisant ses équipes de support de 9000 à 5000 personnes.
Des prédictions qui s’étendent au-delà des postes débutants
L’analyse d’Amodei ne se limite pas aux emplois d’entrée. Il avait précédemment annoncé que l’IA pourrait produire 90% du code logiciel dans les six prochains mois, et « pratiquement la totalité » d’ici un an. Il estime également que le taux de chômage pourrait atteindre 10 à 20% avec la généralisation de l’automatisation.
Le dirigeant d’Anthropic critique par ailleurs l’approche de l’industrie et des gouvernements, accusés d' »édulcorer » la réalité de cette disruption technologique imminente.
Cette controverse soulève des questions fondamentales sur l’avenir du travail à l’ère de l’intelligence artificielle et sur la nécessité d’anticiper ces transformations pour protéger les travailleurs les plus vulnérables.
