La Chine intensifie ses lancements de satellites pour son projet Guowang, un réseau présenté officiellement comme une alternative à Starlink. Mais pour les responsables américains, ce système pourrait surtout conférer à Pékin un avantage militaire stratégique majeur.
Depuis fin 2023, 72 satellites Guowang ont été placés en orbite basse, à un rythme désormais comparable à celui de SpaceX. Officiellement, le réseau est géré par China SatNet, fondée en 2021, et destiné aux communications nationales. Contrairement au projet Qianfan, orienté vers le grand public, Guowang semble conçu dès le départ pour répondre à des besoins militaires.
Des satellites aux usages militaires assumés
Évoluant à environ 1 145 kilomètres d’altitude, les satellites Guowang couvrent de larges zones avec un nombre réduit d’unités. Selon des experts, cette constellation pourrait être équipée de capteurs sophistiqués permettant la surveillance, la détection et le ciblage en temps réel, s’apparentant à un « kill web ». Ce type de système pourrait rivaliser avec les satellites Starshield de SpaceX et les projets MILNET et SDA des États-Unis.
Washington souligne que si les satellites espions américains peuvent déjà observer les activités ennemies, la chaîne complète de transmission et de ciblage opérationnel reste en grande partie expérimentale. Pendant ce temps, Pékin accélère son programme : cinq nouveaux groupes de satellites Guowang ont été lancés depuis juillet, utilisant plusieurs fusées Longue Marche. La Chine combine entreprises publiques et privées pour accroître sa cadence, s’inspirant de la stratégie américaine tout en y intégrant sa propre couche de capteurs, selon le général Anthony Mastalir, commandant des forces spatiales américaines dans la zone Indo-Pacifique.
Une menace stratégique pour les États-Unis
À terme, Guowang pourrait permettre à la Chine de suivre et de cibler des porte-avions ou des avions de ravitaillement américains, renforçant sa stratégie A2AD (« anti-accès, déni de zone ») bien au-delà de ses côtes et jusqu’à la côte ouest des États-Unis. Cette perspective alarme Washington, qui intensifie ses efforts pour développer des réseaux spatiaux rivaux et conserver sa supériorité technologique.
