À mesure que s’approchent les échéances électorales de 2026, les lignes politiques se dessinent lentement au Bénin. Mais au cœur de la stratégie de chaque camp, une question cruciale divise, intrigue et inquiète : celle du choix du candidat. Dans un contexte politique marqué par la méfiance, l’impatience populaire et une forte polarisation, cette désignation pourrait déterminer non seulement l’issue du scrutin, mais aussi la stabilité future du pays.
Un choix stratégique, pas symbolique
La désignation d’un candidat n’est pas un acte purement partisan. Elle est un signal envoyé à l’opinion, un indicateur des ambitions réelles d’un camp et de sa capacité à gouverner. Or, dans les discussions internes à l’opposition comme à la majorité, les considérations symboliques, affectives ou historiques prennent parfois le pas sur les critères rationnels : compétence, crédibilité, capacité à rassembler, programme clair.
Ce piège, plusieurs analystes politiques l’annoncent. Et pour cause : le paysage électoral béninois est exigeant. Les citoyens, de plus en plus attentifs et connectés, ne se contentent plus de slogans ou de fidélités partisanes. Ils attendent des projets concrets, des visions solides et des réponses à leurs préoccupations immédiates.
Le mirage du soutien populaire
Du côté de l’opposition, une ferveur populaire réelle se fait entendre, notamment sur les réseaux sociaux et dans certains cercles jeunes urbains. Mais cette ferveur peut être trompeuse. L’illusion selon laquelle l’électorat votera « quoi qu’il arrive » pour le camp opposé au pouvoir peut mener à une désignation hasardeuse. L’idée qu’« on peut faire élire n’importe qui face au régime en place » ne résiste pas à l’épreuve des urnes, surtout si le choix n’est pas rigoureusement pensé.
L’exemple récent du Sénégal avec Bassirou Diomaye Faye, élu président après une campagne éclair, sous la bannière de son mentor Ousmane Sonko, est dans toutes les têtes. Mais si cette victoire a révélé la puissance de la mobilisation populaire, elle a également suscité des attentes énormes. Et très vite, certains déçus de ce choix inattendu ont commencé à s’exprimer, dénonçant un décalage entre les espoirs portés et la réalité des premières décisions du pouvoir.
Le contexte béninois est spécifique
Le Bénin ne peut pas calquer son scénario électoral sur celui du Sénégal. Le contexte, les institutions, la perception des partis, et même la structure sociopolitique du pays diffèrent fondamentalement. Ici, une désignation précipitée, motivée par l’émotion ou la nostalgie, pourrait aboutir à un isolement du candidat, voire à des tensions internes dans les camps politiques.
Le parti Les Démocrates, par exemple, est souvent évoqué dans les discussions sur les stratégies d’opposition. Mais désigner un candidat uniquement en fonction de sa proximité avec Boni Yayi ou d’un passé glorieux ne saurait suffire. Le futur candidat devra démontrer sa capacité à porter un projet crédible, fédérateur, et à élargir sa base électorale bien au-delà des militants acquis.
Anticiper, écouter, choisir avec rigueur
Le principal enseignement pour tous les partis reste le suivant : la présidentielle ne se gagne pas uniquement dans les discours ou dans les calculs d’appareils. Elle se gagne dans la rue, au contact du peuple, dans la clarté du programme, et surtout, dans la justesse du choix du candidat.
En 2026, les Béninois attendront un visage porteur d’avenir, pas une figure imposée. Ni la notoriété passée, ni le soutien aveugle, ne suffiront. La lucidité, l’écoute et le sens de l’intérêt général devront guider les choix des formations politiques. À défaut, le réveil post-électoral pourrait être brutal.
