L’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo et président du Front Populaire Ivoirien (FPI) brigue une nouvelle fois la magistrature suprême. Défenseur d’un modèle inclusif et social, il est critiqué pour ses compromis jugés trop conciliants avec le pouvoir en place.
Il se présente comme l’homme du rassemblement et de la réconciliation nationale. À 72 ans, Pascal Affi N’Guessan a officiellement déposé sa candidature à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Président du FPI depuis plus de vingt ans, il espère transformer cette troisième tentative en victoire pour son parti historique.
Son programme, baptisé « Renaissance », promet une justice sociale accrue, une lutte contre l’exclusion et une meilleure répartition des richesses. Autant de propositions destinées à corriger, selon lui, les « inégalités creusées » par la gouvernance d’Alassane Ouattara.
Un parcours forgé dans l’ombre de Gbagbo
Originaire de Bouadikro, Affi N’Guessan s’engage au FPI dès 1986, alors que le parti est encore clandestin. Maire de Bongouanou en 1990, ministre après le coup d’État de 1999, puis Premier ministre de Laurent Gbagbo entre 2000 et 2003, il devient une figure centrale de la vie politique ivoirienne. En 2001, il prend la tête du FPI, succédant à son mentor.
Mais la guerre civile de 2002 et les accords de Marcoussis révèlent ses divergences avec Gbagbo. Plus ouvert au compromis, il est remplacé à la primature et se consacre à la direction du parti. Son image d’homme de dialogue, saluée par certains, lui vaut aussi d’être accusé de faiblesse.
De l’exil politique à la division du FPI
Après la crise post-électorale de 2011, Affi N’Guessan est arrêté et emprisonné avant de revenir en 2013 avec l’ambition de « reconstruire » le FPI. Mais ses tentatives de rapprochement avec le régime Ouattara provoquent une fracture interne. Une partie des militants, fidèle à Gbagbo, l’accuse de trahison.
Le retour de Laurent Gbagbo en 2021 accentue cette division : l’ex-président refuse de reconnaître son autorité et fonde le PPA-CI. Isolé, Affi N’Guessan tente alors des alliances électorales, notamment avec le RHDP en 2023, une stratégie qu’il finira lui-même par qualifier d’« échec ».
Une candidature entre expérience et fragilité
Réélu triomphalement à la tête du FPI en 2024, Affi N’Guessan veut incarner une alternative. Il plaide pour une « quatrième République » plus équilibrée et appelle l’opposition à s’unir dans la Coalition pour l’Alternance Pacifique. Mais ses deux précédentes candidatures présidentielles (2015 et 2020) se sont soldées par de maigres résultats.
« Pascal Affi N’Guessan a toujours privilégié une approche réaliste », analyse Séverin Yao Kouamé, sociologue à l’université de Bouaké. « Certains le voient comme un homme courageux qui a maintenu le FPI vivant, d’autres comme un traître. Mais ce qui est sûr, c’est que sa candidature ne fait pas peur au RHDP ».
Entre longévité politique, image ambivalente et base militante divisée, le « pragmatique » Affi N’Guessan devra convaincre qu’il peut encore peser dans l’arène présidentielle ivoirienne.
