Un consortium d’investigation européen a levé le voile sur un scandale de corruption d’une ampleur inédite au sein de l’Otan. Des fonctionnaires, des entrepreneurs et des intermédiaires sont soupçonnés d’avoir perçu des pots-de-vin de plusieurs millions d’euros en échange de contrats d’armement, via l’agence logistique de l’Alliance basée au Luxembourg.
Un scandale d’ampleur internationale éclabousse l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan).
Selon une enquête conjointe menée par Follow The Money, La Lettre, Le Soir et Knack, un vaste système de pots-de-vin et de rétrocommissions aurait entaché plusieurs marchés d’armement. Ces marchés, en forte expansion depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, suscitent désormais des interrogations sur la transparence de l’Alliance atlantique.
Au cœur de l’affaire se trouve la NATO Support and Procurement Agency (NSPA), basée à Luxembourg, chargée d’assister les 32 États membres dans l’acquisition et la maintenance de leurs systèmes d’armes. C’est cette agence qui aurait détecté des anomalies et signalé les irrégularités, déclenchant une série d’enquêtes judiciaires en Belgique, aux Pays-Bas et aux États-Unis.
Des arrestations dans six pays
Les 12 et 13 mai 2025, des perquisitions et interpellations ont eu lieu dans six pays de l’Alliance, dont l’Espagne, l’Italie et la Suisse.
Parmi les suspects :
Deux Grecs employés par un groupe roumain travaillant pour la marine américaine et britannique,
Deux fonctionnaires des ministères belge et néerlandais de la Défense,
Le patron d’une entreprise turque de munitions,
Et un ancien militaire américain, spécialiste des munitions à la NSPA.
Des millions d’euros de pots-de-vin
Les personnes mises en cause sont soupçonnées d’avoir offert, demandé ou accepté des pots-de-vin allant de plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions d’euros, en échange d’informations privilégiées sur les procédures d’appels d’offres.
Les poursuites américaines ont été abandonnées sans explication, mais les justices belge et néerlandaise poursuivent les investigations pour corruption active et passive.
Une Alliance fragilisée
Ce scandale survient alors que les budgets militaires européens connaissent une hausse sans précédent. L’affaire jette une ombre sur la crédibilité et la gouvernance interne de l’Otan.
« Cette affaire pourrait durablement affecter la réputation de l’Alliance sur la scène internationale », confie un diplomate européen au Soir.
L’agence NSPA affirme coopérer pleinement avec les autorités et promet de renforcer ses dispositifs de contrôle pour éviter de nouveaux dérapages.
