Lorsque les troupes russes ont franchi la frontière ukrainienne en février 2022, le monde a mesuré l’ampleur d’un conflit redouté, mais minutieusement anticipé par les services américains. Dans un ouvrage récemment publié, le journaliste Tim Weiner révèle comment la CIA a mobilisé ses ressources pour préparer Volodymyr Zelensky à l’inévitable.
À Washington, un dispositif inédit s’est mis en place sous la houlette de William Burns, directeur de la CIA. Toutes les branches du renseignement ont été sollicitées. Le FBI a traqué les signaux provenant des réseaux russes, tandis que la NSA, dirigée par le général Paul Nakasone, utilisait ses outils d’écoute pour percer jusque dans l’entourage de Vladimir Poutine. Le Pentagone a mobilisé ses satellites pour observer les concentrations de troupes aux abords de l’Ukraine, offrant une vision stratégique comparable à une partie d’échecs géante. La coordination globale a été assurée par Avril Haines, directrice du renseignement national, supervisant dix-sept agences chargées de transformer une masse de données disparates en informations claires et exploitables.
Ces efforts ne se limitaient pas aux briefings de la Maison-Blanche. Ils visaient à donner à Zelensky les moyens d’organiser la résistance. Kiev a reçu des informations cruciales sur le calendrier prévu par Moscou, les axes probables d’invasion et même les campagnes de propagande que le Kremlin comptait lancer pour légitimer son offensive.
Face à ces renseignements, le président ukrainien devait arbitrer entre alerter publiquement la population au risque de provoquer une panique, ou se préparer en silence. Il a opté pour la seconde voie, renforçant la défense de la capitale et coordonnant discrètement la riposte. Ce partage d’informations a aussi eu une portée diplomatique. En rendant publiques certaines données, Washington a coupé l’herbe sous le pied des narratifs russes et permis à Kiev d’apparaître sur la scène internationale comme un État averti, soutenu et déterminé.
Cet épisode démontre que la guerre en Ukraine ne s’est pas uniquement jouée sur le terrain militaire, mais aussi dans les coulisses du renseignement. Les informations fournies par les États-Unis ont agi comme un bouclier invisible, moins visible qu’un char mais tout aussi décisif. Trois ans après le déclenchement de la guerre, ces révélations rappellent que dans les conflits modernes, anticiper et déjouer l’ennemi peut peser autant que la puissance de feu.
