Niamey – Dans un contexte régional marqué par les défis sécuritaires, politiques et sociaux, les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) veulent faire avancer les droits des femmes. Les 17 et 18 juillet 2025, les ministres en charge de la Promotion de la femme et du genre du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Niamey, pour jeter les bases d’une stratégie régionale concrète en matière d’égalité de genre.
Cette rencontre ministérielle fait suite à une session préparatoire des experts tenue les 13 et 14 juillet. À l’ordre du jour : harmonisation des législations, élaboration d’un mécanisme de suivi et validation d’une feuille de route commune. Objectif : traduire en actes les engagements politiques en matière de droits des femmes et d’égalité des genres dans l’espace AES.
Des ambitions législatives, mais une mise en œuvre inégale
Les trois États du Sahel arrivent à cette réunion avec des lois progressistes, mais des résultats souvent en deçà des attentes :
- Au Mali, la loi n°2015‑052 impose un quota minimum de 30 % de femmes dans les fonctions électives et nominatives. Pourtant, seules 18 % des femmes occupent des postes gouvernementaux, et leur représentation locale reste faible.
- Au Burkina Faso, une loi similaire adoptée en 2009 a permis quelques avancées, mais la représentation parlementaire plafonne à 18 %, et les femmes restent marginalisées dans les sphères de décision.
- Au Niger, la loi de 2020 prévoit 25 % de femmes sur les listes électorales, mais elles ne représentent que 15 % du Parlement. Plus préoccupant encore, plus de 70 % des filles y sont mariées avant l’âge de 18 ans, selon les dernières données d’UNICEF (2024), et l’accès des filles à l’éducation secondaire reste très limité.
Un rendez-vous stratégique pour les politiques de genre de l’AES
Cette réunion ministérielle est présentée comme une étape charnière pour intégrer véritablement la dimension genre dans les politiques de souveraineté et de développement de l’AES. La feuille de route qui doit être validée inclut notamment :
- la lutte contre les mariages précoces et forcés,
- la prévention et la répression des violences basées sur le genre,
- la promotion de l’éducation des filles,
- la mise en œuvre effective des quotas dans les sphères politiques et administratives,
- ainsi que la création d’un mécanisme régional de suivi et d’évaluation.
Une intégration politique encore fragile
Dans un contexte géopolitique sensible, où les pays de l’AES ont opté pour une voie de rupture avec les modèles de gouvernance traditionnels de la CEDEAO, cette initiative régionale autour des droits des femmes se veut un marqueur de souveraineté sociale. Mais les obstacles sont nombreux : conservatismes culturels, instabilité sécuritaire, sous-financement des politiques genre, et manque de données fiables.
« L’intégration de l’égalité hommes-femmes ne peut être un simple slogan. Elle doit devenir un indicateur de la transformation de nos sociétés », a déclaré une experte présente à la réunion préparatoire.
En quête de cohérence et d’impact
Les femmes et les filles représentent plus de la moitié de la population dans les pays de l’AES. Or, leur inclusion active dans les politiques économiques, sociales et de sécurité est essentielle à toute dynamique de développement durable. Cette réunion à Niamey pourrait marquer le début d’une nouvelle ère, si les décisions prises ne restent pas lettre morte.
