Le Mali et la Guinée semblent amorcer une nouvelle phase de rapprochement stratégique. Une délégation malienne de haut niveau, conduite par le Premier ministre Abdoulaye Maïga, s’est rendue à Conakry cette semaine. L’objectif : relancer une coopération bilatérale que les deux pays souhaitent plus active et structurée.
La rencontre entre Abdoulaye Maïga et son homologue guinéen, Amadou Oury Bah, a porté sur trois axes clés : sécurité régionale, intégration économique et coopération énergétique. Pour le chef du gouvernement guinéen, les enjeux sécuritaires du Mali influencent directement la stabilité de la Guinée en raison de leur proximité géographique et de leurs défis communs.
Un accès maritime pour le Mali
L’un des engagements symboliques de la visite concerne l’ouverture d’un accès prioritaire du Mali à l’océan Atlantique via la Guinée. Amadou Oury Bah a évoqué une « obligation morale » envers le peuple malien, au-delà des tensions politiques régionales. Cette promesse intervient alors que Bamako cherche à diversifier ses voies commerciales et ses alliances.
Le Premier ministre guinéen a également insisté sur l’urgence d’actualiser plusieurs projets d’infrastructure, indispensables à un véritable saut économique entre les deux pays. Routes, corridors logistiques, interconnexions énergétiques : autant de chantiers qui pourraient redéfinir leurs échanges.
Un contexte régional en mutation
L’Alliance des États du Sahel (AES), formée en 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, s’est affirmée comme un bloc de défense et de souveraineté après leur rupture avec la CEDEAO. Bien que la Guinée, elle aussi en transition militaire, n’ait pas évoqué une éventuelle adhésion, son rapprochement avec Bamako apparaît comme un alignement de fait sur certaines orientations stratégiques du bloc sahélien.
Héritage historique et vision panafricaine
Abdoulaye Maïga a rappelé l’amitié politique qui liait Ahmed Sékou Touré et Modibo Keïta. Une filiation idéologique que les deux gouvernements souhaitent réactiver en relançant la commission mixte de coopération Guinée–Mali, outil structurant pour formaliser les projets bilatéraux.
Vers une nouvelle zone d’influence ?
Cette dynamique survient à un moment de recomposition géopolitique en Afrique de l’Ouest. Même sans adhésion à l’AES, un partenariat renforcé entre Bamako et Conakry pourrait contribuer à façonner un espace politique et économique parallèle aux structures régionales traditionnelles.
Les prochains mois permettront de mesurer si ce rapprochement donnera naissance à des réalisations concrètes ou s’il restera dans le domaine des intentions.
