Bénin : après ICC et Cameo Shell, les inquiétudes grandissent autour de la plateforme CEA

Depuis plusieurs jours, la plateforme CEA, très prisée par de jeunes internautes béninois, est inaccessibile. Cet arrêt soudain d’un système présenté comme une opportunité de rémunération via le visionnage de vidéos suscite de vives préoccupations. Beaucoup y voient un scénario familier, dans la lignée de dossiers ayant marqué la mémoire collective.

Lancée il y a environ six mois, CEA se présentait comme un service de publicité numérique offrant des revenus en contrepartie du visionnage quotidien de contenus vidéo. Pour y accéder, les utilisateurs devaient verser une somme initiale qualifiée de « caution », qui déterminait ensuite leur position dans différents paliers (P1, P2, P3). Chaque vidéo visionnée était censée générer une rémunération fixe, pouvant atteindre plusieurs milliers de francs CFA selon le niveau choisi.

Pour renforcer la crédibilité de son modèle, la plateforme affirmait être la branche locale d’une agence de communication américaine fondée en 1911, la Campbell Ewald Agency. Cette ressemblance nominale suffisait à rassurer de nombreux internautes, qui retrouvaient effectivement en ligne une agence de publicité basée aux États-Unis. Aucun lien réel n’existait toutefois entre le groupe américain et l’activité déployée au Bénin.

Un fonctionnement apparenté à un système pyramidal

Derrière cet argumentaire commercial, le mécanisme mis en place reposait, selon plusieurs analyses, sur un modèle pyramidal : les paiements versés aux utilisateurs provenaient essentiellement des mises de départ et des contributions des nouveaux inscrits. Le système exigeait également un parrainage constant pour maintenir les gains promis. Tant que la base de participants s’élargissait, les premiers membres percevaient effectivement des revenus, contribuant à entretenir l’illusion d’un modèle rentable.

Mais dès que le flux de nouveaux souscripteurs ralentit ou que le nombre de demandes de retrait augmente, l’équilibre du dispositif se fragilise. Les dysfonctionnements observés ces derniers jours — absence de communication, interruption des activités, difficultés d’accès aux comptes — laissent penser que le modèle atteint ses limites.

Des épargnants partagés entre pertes et espoirs déçus

Les montants engagés par les utilisateurs varient de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers de francs CFA. Certains affirment avoir récupéré leur mise initiale, tandis que d’autres redoutent une perte totale.

« Je venais de souscrire avec 10 000 F CFA. Cela n’a encore rien généré et le système est bloqué », témoigne une étudiante. À l’inverse, un utilisateur comme Jocelyn estime avoir récupéré sa mise après un apport de 100 000 F CFA. Ce contraste, fréquemment observé dans ce type de montages, permet souvent aux premiers adhérents de servir de vitrine à un système qui finit par limiter les retraits avant de disparaître.

Un schéma qui rappelle Cameo Shell et l’affaire ICC Services

L’inquiétude autour de CEA ravive des précédents douloureux. En 2023, la plateforme Cameo Shell avait provoqué d’importantes pertes financières pour des milliers de Béninois, avec un préjudice estimé par le parquet à plus de trois milliards de francs CFA. La CRIET avait notamment condamné trois personnes pour « complicité d’escroquerie via internet », tandis que les principaux responsables restaient introuvables.

Encore plus marquant, le scandale ICC Services, survenu en 2010, avait laissé près de 300 000 victimes et un déficit estimé à plus de 200 milliards de francs CFA. Le procès des dirigeants s’était prolongé sur près d’une décennie. Ces affaires ont en commun une dynamique similaire : un modèle pyramidal qui finit par s’effondrer, entraînant la perte des derniers entrants.

Vers une nouvelle affaire d’arnaque numérique ?

Il reste encore difficile de déterminer les responsabilités dans la situation actuelle de CEA. Toutefois, les signaux — silence des promoteurs, canaux de communication inactifs, absence d’informations fiables — alimentent les craintes d’un nouveau dossier d’escroquerie numérique. Les autorités béninoises, qui ont renforcé ces dernières années leur arsenal contre les infractions financières en ligne, pourraient être amenées à examiner ce cas de près.

En attendant, des milliers d’utilisateurs restent dans l’incertitude, redoutant d’avoir été une nouvelle fois entraînés dans un système qui se serait volatilisé.

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