Un incident choquant a eu lieu mercredi à la City, University of London : des individus masqués ont fait irruption dans un amphithéâtre pendant un cours et ont proféré des menaces de mort à l’encontre du professeur Michael Ben-Gad, enseignant d’origine israélienne. L’affaire soulève de vives inquiétudes sur la sécurité sur les campus et sur les limites de la protestation politique.
Selon les premiers témoignages et une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, des manifestants, le visage dissimulé par des keffiehs, foulards et masques, sont entrés dans la salle alors que Michael Ben-Gad dispensait son cours d’économie. Ils l’ont accusé d’être un « criminel de guerre » et un « terroriste » en raison de son service militaire en Israël (1982–1985) et de son poste à l’Université de Haïfa. L’un des assaillants a proféré une menace explicite de décapitation, selon les images et le récit du professeur.
Des tracts qualifiant l’enseignant de « terroriste » avaient circulé sur le campus avant l’action, et une pétition demandant son départ – affirmant qu’« ils n’auront aucun repos tant que ce terroriste… circulera librement dans notre institution » – avait été diffusée parmi certains étudiants. Les protestataires ont réclamé des excuses et demandé à l’université de revoir ses pratiques de recrutement.
Ben-Gad, présent à la City University depuis 2008 et ancien chef de département (2010–2013), a refusé de céder à l’intimidation. « Personne ne va me faire peur », a-t-il déclaré à Sky News. L’université lui a proposé un congé payé pour raisons de sécurité ; il a décliné, expliquant vouloir continuer d’assurer ses cours.
Une pétition et des soutiens académiques
La tentative d’intimidation a déclenché une réaction rapide au sein du monde universitaire : des centaines d’universitaires, dont des professeurs d’Oxford et d’autres grandes institutions, ont signé une déclaration condamnant la campagne de harcèlement dirigée contre Michael Ben-Gad. Le texte rappelle que « indépendamment des divergences d’opinion sur la guerre à Gaza », toute action visant à intimider ou à forcer l’expulsion d’un enseignant en raison de son origine ou de ses opinions doit être rejetée. Les signataires dénoncent également l’effet dissuasif de ces tactiques sur les étudiants juifs et autres minorités.
Réactions de l’université et enjeux de sécurité
La City University a confirmé avoir connaissance de l’incident et indiqué qu’elle travaillait avec les autorités pour garantir la sécurité sur le campus. Les services de sécurité avaient renforcé la protection autour du professeur après la distribution des tracts, mais cela ne les a pas empêchés d’entrer dans l’amphithéâtre, ce qui alerte sur les vulnérabilités persistantes.
L’affaire soulève plusieurs questions sensibles : comment concilier liberté d’expression et sécurité, où tracer la frontière entre protestation légitime et harcèlement, et quelles mesures concrètes les établissements doivent-ils prendre pour protéger leurs personnels et étudiants tout en préservant le débat académique ?
Contexte plus large
Cet incident intervient dans un climat international tendu depuis l’escalade des violences au Proche-Orient. Les campus britanniques et nord-américains ont connu ces derniers mois des vagues de manifestations pro-palestiniennes et pro-israéliennes, certaines dégénérant en confrontations et en campagnes de boycott ou de pression académique. Les autorités universitaires sont confrontées à l’épreuve complexe de permettre le débat politique tout en empêchant les comportements intimidants et menaçants.
Pour l’heure, l’enquête sur l’irruption et les menaces est en cours, et la City University assure qu’elle prendra « toutes les mesures nécessaires » pour protéger sa communauté. Michael Ben-Gad, lui, affirme qu’il restera à son poste et poursuivra ses enseignements malgré les pressions.
