Affaire de Parrainage au parti Les Démocrates : la bataille juridique est ouverte
À quelques mois de la présidentielle de 2026, le parti Les Démocrates (LD) traverse une zone de turbulence politique et judiciaire inédite. En cause : le retrait du parrainage accordé par le député Michel Sodjinou, un acte qui menace de compromettre la participation du principal parti d’opposition à l’élection.
Un revirement aux lourdes conséquences
Le 13 octobre 2025, Michel Sodjinou, élu de la 19ᵉ circonscription, a officiellement notifié au parti son retrait de parrainage, initialement destiné au duo présidentiel Agbodjo–Lodjou. Dans un courrier transmis par huissier, le député évoque un désaccord profond avec la procédure interne de désignation du ticket présidentiel.
« Je ne reconnais pas le processus actuel de désignation du duo présidentiel. Je ne peux pas me rendre complice d’une mise en scène qui trahit nos principes fondateurs », a-t-il déclaré.
Ce revirement, à 48 heures de la date butoir fixée au vendredi 17 octobre 2025, a l’effet d’un coup de tonnerre. En perdant un parrainage sur les 28 nécessaires, Les Démocrates se retrouvent hors du seuil légal, avec 27 signatures seulement.
Une double bataille : politique et judiciaire
Malgré les tentatives de conciliation internes, notamment une lettre d’Éric Houndété, vice-président du parti et figure majeure de l’opposition, le député Sodjinou est resté inflexible. Pire, il a saisi le tribunal de Cotonou, qui lui a donné raison.
Le tribunal a en effet jugé que la CENA devait constater le retrait et délivrer une nouvelle fiche de parrainage, invalidant de fait celle attribuée aux Démocrates.
Le parti a immédiatement saisi la Cour constitutionnelle, estimant que le tribunal ordinaire n’avait pas compétence pour se prononcer sur un dossier relevant du processus électoral. La haute juridiction doit désormais trancher :
Le parrainage appartient-il exclusivement à l’élu, qui peut le retirer à tout moment ?
Ou bien engage-t-il le parti auquel il est affilié, dès lors qu’il est transmis dans le cadre du processus électoral ?
La Cour constitutionnelle face à sa propre jurisprudence
Cette affaire place la Cour devant un dilemme institutionnel. En vertu de la décision DCC-24-040, elle avait déjà précisé que :
« Le détenteur du pouvoir de parrainer étant d’abord militant d’un parti politique, il conserve certes sa liberté, mais ne peut en jouir dans le cadre du parrainage qu’en conformité avec la vision et les valeurs de sa formation politique. »
Cette position, si elle est maintenue, pourrait fragiliser l’argument du député et renforcer celui de son parti. Dans le cas contraire, la Cour ouvrirait la voie à une nouvelle interprétation du parrainage, plus individuelle que partisane.
Un test démocratique pour les institutions
Au-delà du sort immédiat des Démocrates, cette affaire met en lumière les failles juridiques et politiques du système de parrainage instauré depuis 2019.
Elle interroge sur l’équilibre entre la liberté individuelle de l’élu et la discipline partisane, mais aussi sur la capacité des institutions à garantir la transparence et la stabilité du processus électoral.
Désormais, tous les regards sont tournés vers la Cour constitutionnelle, dont la décision à venir pourrait redessiner le paysage politique à la veille d’une présidentielle décisive.
