Le Japon franchit un seuil inédit : selon les données publiées ce vendredi par le ministère de la Santé, l’archipel compte désormais 99.763 centenaires, soit 4.644 de plus que l’an dernier. Parmi eux, près de 88 % sont des femmes. Cette longévité exceptionnelle, qui fait du pays l’un des plus âgés au monde, s’accompagne toutefois de lourdes conséquences économiques et sociales.
La doyenne actuelle, Shigeko Kagawa, âgée de 114 ans, réside dans le département de Nara, près de Kyoto. Médecin jusqu’à un âge avancé, elle attribue sa vitalité à ses nombreuses visites à domicile, qui l’ont contrainte à marcher quotidiennement sur de longues distances. Son témoignage illustre la force individuelle de certains aînés, mais ne masque pas les difficultés structurelles que pose ce vieillissement massif.

Derrière ces chiffres se cache une crise démographique sans précédent. Le Japon a enregistré, en 2024, une baisse record de sa population, de plus de 900.000 personnes, conséquence d’une natalité en chute libre et d’une main-d’œuvre en diminution constante. Cette évolution entraîne une pression croissante sur le système de santé et de protection sociale, dont les coûts explosent, alors même que le nombre d’actifs capables de les financer se réduit.
Face à ce défi, le gouvernement japonais a multiplié les initiatives, allant des services de garde d’enfants gratuits aux horaires de travail plus souples pour soutenir les familles. L’ancien Premier ministre Shigeru Ishiba avait qualifié la situation d’« urgence silencieuse » et fait voter en décembre 2024 un budget record, en grande partie dédié à la Sécurité sociale. Mais ces efforts peinent encore à enrayer le déclin démographique.
Ainsi, le record des centenaires au Japon, s’il témoigne d’une réussite sanitaire et d’une espérance de vie hors du commun, révèle aussi les fragilités profondes d’une société qui lutte pour trouver un équilibre entre longévité et renouvellement générationnel.
